Fin du NHR au Portugal : ce que change l'IFICI en 2026
Adam Delozanne
Fondateur d'Expatrié.fr

Le statut NHR portugais a fait rêver des milliers d'expatriés français entre 2009 et 2023 en exonérant largement leurs pensions et certains revenus étrangers pendant dix ans. Depuis le 1er janvier 2024, les nouveaux arrivants ne peuvent plus s'y inscrire. À sa place, le gouvernement portugais a mis sur les rails l'IFICI, un dispositif beaucoup plus ciblé qui exclut explicitement les retraités. Cet article fait le point sur ce qui a réellement changé, qui peut encore bénéficier de quoi, et si le Portugal mérite encore une place dans la liste des destinations fiscalement attractives pour les Français en 2026.
Pourquoi le NHR a été fermé fin 2023
Le NHR a été supprimé pour les nouveaux résidents à compter du 1er janvier 2024, à l'issue d'un débat politique tendu lié à son impact social et fiscal au Portugal.
Le régime, créé en 2009 pour attirer talents et investissements étrangers, est devenu une cible politique à partir de 2022. Les critiques portaient sur la pression exercée sur le marché immobilier de Lisbonne et Porto, accélérée par l'afflux de retraités étrangers, et sur un coût budgétaire jugé disproportionné par rapport aux retombées économiques mesurables.
La loi du budget 2024 a acté la suppression du dispositif, en prévoyant néanmoins une mesure transitoire pour ne pas pénaliser ceux qui s'étaient engagés avant l'annonce.
Le régime transitoire de 2024
Une fenêtre est restée ouverte pour les personnes qui avaient un projet déjà documenté avant fin 2023 : contrat de travail signé, bail enregistré ou compromis immobilier daté. Sous conditions strictes de preuve, ces profils ont pu solliciter le NHR jusqu'au printemps 2025. Au-delà, aucune nouvelle inscription n'est possible.
Une fermeture définitive sauf cas particuliers
Si vous envisagez aujourd'hui une installation au Portugal sans dossier antérieur à 2023, le NHR ne fait plus partie des options. Toute communication commerciale qui le présenterait comme accessible est trompeuse.
Les inscrits avant 2024 conservent leurs droits
Les contribuables inscrits au NHR avant le 1er janvier 2024 conservent le bénéfice intégral du régime pour la durée restante de leurs dix ans, sans modification rétroactive des règles applicables.
Concrètement, une personne devenue résidente fiscale portugaise et inscrite au NHR en 2018 continue de bénéficier du régime jusqu'en 2027. Les pensions étrangères restent imposées à 10 % (taux introduit en 2020 par le gouvernement Costa), les revenus de source étrangère conservent leurs exonérations conventionnelles, et les revenus de certaines activités à haute valeur ajoutée restent imposés à 20 %.
Cette continuité a été confirmée par l'administration fiscale portugaise. Pour un bénéficiaire en cours, la décision politique de fermeture n'a pas d'effet sur le solde de ses années de droits, sauf changement de résidence fiscale qui ferait perdre le régime de manière définitive.
Ce que prévoit l'IFICI à la place
L'IFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação) est entré en vigueur en 2024 pour remplacer partiellement le NHR, mais sur un périmètre beaucoup plus restreint axé sur la recherche, l'innovation et certains profils qualifiés.
Le dispositif accorde un taux forfaitaire de 20 % sur les revenus d'activité éligibles pendant dix ans, ainsi que des exonérations sur certains revenus étrangers comme les dividendes, redevances et plus-values, à condition d'exercer une activité reconnue dans l'un des secteurs cibles.
Qui peut prétendre à l'IFICI
Le périmètre est défini par le décret-loi 31/2024 du 2 mai 2024 et couvre principalement :
- Les chercheurs scientifiques travaillant dans une institution publique ou privée certifiée
- Les profils hautement qualifiés en R&D dans des entreprises bénéficiant du régime d'incitations portugais à la R&D
- Certaines fonctions de direction ou techniques dans des startups certifiées par l'IAPMEI
- Des activités industrielles éligibles à l'export reconnues par l'AICEP
- Les enseignants du supérieur dans des conditions précises
La certification se fait via plusieurs organismes selon le secteur. La Fundação para a Ciência e a Tecnologia (FCT) traite la recherche, l'IAPMEI couvre les startups, l'AICEP intervient pour certaines activités d'export. Sans cette certification préalable, aucun accès à l'IFICI n'est possible.
Vérifiez l'éligibilité avant de signer
Un contrat de travail au Portugal ne suffit pas à ouvrir l'IFICI. Il faut que l'employeur soit dans une catégorie certifiée et que la fiche de poste corresponde au périmètre du dispositif. Cette vérification se fait avant la signature, pas après l'installation.
Les grands perdants sont les retraités
L'IFICI exclut explicitement les pensions étrangères de tout traitement de faveur. Un retraité français qui s'installe au Portugal en 2025 ou 2026 voit sa pension imposée au barème portugais classique, soit jusqu'à 48 % sur la tranche supérieure de l'IRS.
Le NHR offrait un taux de 10 % sur les pensions étrangères depuis 2020 (et 0 % avant cette date pour les arrivés entre 2009 et fin 2019). Cette exonération préférentielle disparaît totalement pour les nouveaux arrivants. Le Portugal repasse, du point de vue fiscal d'un retraité, dans la liste des destinations européennes standards.
Les digital nomads et freelances dont l'activité ne correspond pas aux secteurs IFICI sont également exclus du nouveau dispositif. Pour eux, le Portugal redevient une destination qui se juge sur son coût de la vie, son climat et son intégration européenne plus que sur son levier fiscal.
Faut-il encore choisir le Portugal en 2026 ?
Le Portugal reste pertinent pour beaucoup de profils français, mais l'argument fiscal n'est plus l'aimant qu'il a été. Le bon raisonnement dépend désormais du type de revenus et du projet de vie, pas du taux affiché.
Pour un retraité français
Le Portugal n'a plus d'avantage fiscal sur les pensions par rapport à ses voisins européens. Le coût de la vie et l'accès aux soins via le formulaire S1 restent des atouts solides, mais l'analyse économique change : on choisit le Portugal pour le cadre de vie, pas pour le levier fiscal. L'Italie (régime forfaitaire à 7 % sur dix ans dans les communes du Sud sous certains seuils de population) et la Grèce (régime à 7 % sur quinze ans) deviennent statistiquement plus avantageuses pour un retraité du privé.
Pour un chercheur ou un profil R&D
L'IFICI peut représenter une économie réelle sur dix ans. Encore faut-il s'assurer en amont que le poste et l'employeur entrent dans le périmètre certifié, et que la rémunération éligible justifie l'effort administratif lié à la certification. Sur un salaire élevé en R&D ou en recherche, le différentiel par rapport à une imposition au barème peut être significatif.
Pour un actif sans activité éligible
Le Portugal devient une destination parmi d'autres, plus pour son écosystème et son climat que pour son régime fiscal. Pour ce profil, l'arbitrage doit intégrer le coût de la vie réel à Lisbonne (qui a fortement augmenté depuis 2018), la qualité de vie hors capitale et l'accès au marché du travail européen.
Comparer plutôt que choisir par habitude
Le Portugal a longtemps été la destination par défaut des retraités français candidats à l'expatriation fiscale. Cette habitude n'est plus justifiée depuis la fermeture du NHR. Un comparatif sérieux entre Portugal, Italie et Grèce s'impose pour tout projet engagé après 2024.
Estimez l'impact fiscal réel de votre installation au Portugal en 2026 selon votre profil (retraité, actif éligible IFICI, actif non éligible) et comparez avec d'autres destinations européennes.
Utiliser le simulateur fiscalLe NHR portugais appartient désormais à l'histoire pour les nouveaux arrivants, et son remplaçant l'IFICI cible un public beaucoup plus étroit. Trois prises de position pratiques se dégagent. D'abord, vérifier son éligibilité IFICI auprès de l'organisme certificateur compétent avant tout déménagement professionnel au Portugal. Ensuite, comparer l'option portugaise aux régimes italiens et grecs si le projet est une retraite. Enfin, anticiper la décision avec un fiscaliste portugais et un fiscaliste français lorsque le patrimoine est significatif, car la combinaison résidence fiscale, exit tax et imposition locale change selon la séquence des opérations.
À propos de l'auteur
Adam Delozanne
Passionné de voyages et de découvertes, Adam partage sur Expatrié.fr les ressources concrètes qui font vraiment la différence pour préparer une expatriation.
Questions fréquentes
Le régime NHR est-il définitivement fermé au Portugal ?
Oui pour les nouveaux arrivants depuis le 1er janvier 2024. La mesure transitoire qui couvrait les engagements documentés antérieurement s'est éteinte au printemps 2025. Aucune nouvelle inscription au NHR n'est plus possible.
Un retraité français peut-il bénéficier de l'IFICI au Portugal ?
Non. L'IFICI exclut explicitement les pensions étrangères de tout traitement de faveur. Un retraité installé après le 1er janvier 2024 voit sa pension imposée au barème portugais classique, sans le taux préférentiel de 10 % que prévoyait le NHR depuis 2020.
Que devient le NHR pour ceux qui s'y sont inscrits avant 2024 ?
Le régime continue d'appliquer ses règles pour la durée restante des dix ans initialement prévus. Une personne devenue résidente fiscale portugaise et inscrite au NHR en 2018 reste sous ce dispositif jusqu'en 2027, sans modification rétroactive confirmée par l'administration.
Quel taux d'imposition l'IFICI propose-t-il ?
Un taux forfaitaire de 20 % sur les revenus d'activité éligible pendant dix ans, complété par des exonérations sur certains revenus étrangers comme les dividendes, redevances et plus-values. Cet avantage est conditionné à l'exercice d'une activité reconnue dans l'un des secteurs certifiés.
Le Portugal reste-t-il fiscalement attractif en 2026 ?
Pour les chercheurs et profils techniques éligibles à l'IFICI, oui. Pour les retraités et les actifs sans activité éligible, l'argument fiscal a très largement disparu. À profil égal, l'Italie et la Grèce proposent désormais des régimes plus avantageux sur la durée.