Ouvrir un compte bancaire en Suisse en tant que Français : 2026
Adam Delozanne
Fondateur d'Expatrié.fr

L'image du compte bancaire suisse intouchable et opaque appartient au siècle dernier. Depuis 2018, l'échange automatique d'informations (CRS) avec la France a vidé le secret bancaire de sa substance pour les non-résidents. Pourtant, en 2026, des Français continuent légitimement à vouloir ouvrir un compte en Suisse : frontaliers, expatriés en passe d'émigrer, héritiers, professionnels indépendants en lien avec la Suisse. Voici qui peut encore ouvrir un compte aujourd'hui, comment, et à quelles conditions.
La fin du secret bancaire suisse depuis 2018
Sous la pression du G20 puis de l'OCDE, la Suisse a signé en 2014 l'accord multilatéral sur l'échange automatique d'informations fiscales (Common Reporting Standard, CRS). L'accord est entré en vigueur en 2017 avec premier échange en 2018 pour les revenus 2017.
Concrètement, depuis 2018, toutes les banques suisses transmettent annuellement à l'Administration fédérale des contributions (AFC) la liste de leurs clients étrangers avec soldes, intérêts perçus et plus-values réalisées. L'AFC retransmet ces données aux administrations fiscales partenaires (DGFiP pour la France) chaque année avant le 30 septembre.
Pour un Français qui détient un compte suisse non déclaré, l'opacité est terminée depuis 7 ans. Les contrôles de l'administration française se sont multipliés, avec amendes allant de 1 500 € par compte non déclaré à 80 % de redressement majoré pour les avoirs cachés.
Qui peut encore ouvrir un compte suisse en 2026
L'ouverture d'un compte bancaire suisse pour un résident français reste légale, mais elle est devenue beaucoup plus exigeante en pratique. Cinq profils principaux restent acceptés par les banques suisses :
- Les frontaliers travaillant en Suisse (avec attestation employeur et permis G) : ouverture facile, parfois imposée par l'employeur
- Les futurs résidents suisses avec dossier d'immigration avancé (permis B ou C en cours d'obtention)
- Les héritiers d'avoirs déjà détenus dans la banque (continuité du compte familial)
- Les patrimoines élevés (>500 000 CHF placés), souvent acceptés par les banques privées (Pictet, Lombard Odier, Julius Baer, UBS Wealth)
- Les professionnels avec activité commerciale documentée en Suisse (consultants, entrepreneurs avec clients suisses)
Les grandes banques ferment leur retail aux Français
UBS, Raiffeisen, BCV et les cantonales ont massivement fermé leurs services retail aux clients résidents français depuis 2015-2018. Le profil hauts revenus + patrimoine reste accepté, mais le compte ordinaire pour un salarié français est désormais quasiment impossible.
Comment procéder en pratique
Trois voies réalistes en 2026 selon votre profil :
Première voie pour les frontaliers : adressez-vous à votre banque cantonale du lieu de travail (BCV, BCGE, BCN selon les cantons) avec votre permis G et votre contrat de travail suisse. Ouverture en quelques jours, conditions tarifaires raisonnables pour les frontaliers (parfois gratuit la première année).
Deuxième voie pour les patrimoines élevés : contactez directement une banque privée (Pictet, Lombard Odier, Julius Baer, Edmond de Rothschild) ou la division Wealth de UBS. Seuil d'entrée généralement 500 000 à 1 000 000 CHF d'avoirs gérés. Frais de gestion 0,5 à 1 % par an. Adapté pour la gestion patrimoniale, pas pour le compte courant du quotidien.
Troisième voie pour les futurs résidents : demandez l'ouverture après l'obtention du permis B ou C, avec un justificatif d'adresse suisse et un contrat de travail local. Procédure standard, accessible à toutes les banques.
Vos obligations déclaratives côté France
Tout résident fiscal français détenant un compte bancaire à l'étranger (Suisse incluse) doit le déclarer chaque année à l'administration française. Trois obligations principales coexistent :
- 1Formulaire 3916 : déclaration d'ouverture, détention ou clôture du compte (annexé à la déclaration de revenus 2042)
- 2Déclaration des revenus du compte (intérêts, dividendes, plus-values) au formulaire 2047
- 3Si patrimoine immobilier français >1,3 M€ : prise en compte des avoirs financiers étrangers dans le calcul IFI
L'omission de déclarer un compte suisse expose à une amende fixe de 1 500 € par compte non déclaré (ou 10 000 € si compte dans un État non coopératif, ce qui n'est plus le cas de la Suisse). La majoration de 80 % en cas de redressement pour avoirs cachés a été supprimée en 2017 mais une majoration de 40 % subsiste pour défaut volontaire.
Le STDR fermé depuis 2017
Le Service de traitement des déclarations rectificatives (STDR), qui permettait la régularisation à coût réduit des avoirs étrangers non déclarés, a été fermé fin 2017. Aujourd'hui, la régularisation passe par une procédure de droit commun avec négociation au cas par cas, mais les pénalités restent significatives.
Alternatives pour les non-éligibles
Si vous n'êtes ni frontalier, ni futur résident, ni client fortuné, plusieurs alternatives modernes couvrent une grande partie des besoins historiquement associés au compte suisse.
Pour les opérations multidevises (EUR/CHF, USD) : Wise propose des comptes multidevises avec IBAN local dans plusieurs pays, dont la Suisse (compte CHF avec IBAN suisse pour les versements en francs). Revolut propose un compte multidevises plus simple mais sans IBAN suisse natif.
Pour la gestion patrimoniale haut de gamme : les banques privées luxembourgeoises et liechtensteinoises offrent une alternative crédible avec un cadre fiscal européen et une expertise gestion comparable. Le Luxembourg est devenu le premier centre de banque privée européen post-Brexit.
Comparer Wise et Revolut pour les expatriés français
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À propos de l'auteur
Adam Delozanne
Passionné de voyages et de découvertes, Adam partage sur Expatrié.fr les ressources concrètes qui font vraiment la différence pour préparer une expatriation.
Questions fréquentes
Le secret bancaire suisse existe-t-il encore en 2026 ?
Pas pour les non-résidents suisses. Depuis 2018, la Suisse applique l'échange automatique d'informations (CRS) avec plus de 100 pays dont la France. Vos comptes suisses sont automatiquement communiqués à l'administration fiscale française chaque année.
Faut-il être frontalier ou résident suisse pour ouvrir un compte ?
Non, ce n'est pas une obligation légale. Mais en pratique, depuis 2014-2015, la majorité des banques suisses (UBS, Credit Suisse devenu UBS, Raiffeisen, BCV, etc.) refusent d'ouvrir des comptes à des résidents français sans lien économique avec la Suisse, sauf seuils de patrimoine élevés (généralement 500 000 CHF+).
Quels sont les frais d'un compte suisse pour un Français ?
Compter 30 à 100 CHF/mois de frais de tenue pour un compte standard, plus des frais de gestion sur les avoirs (0,5 à 1 %/an sur l'épargne au-delà de certains seuils). Bien plus cher qu'un compte français équivalent.
Wise et Revolut peuvent-ils remplacer un compte suisse ?
Pour la fonction multidevises (EUR/CHF) et les paiements transfrontaliers, oui largement. Wise propose un IBAN CHF, Revolut un compte multi-devises. Pour les fonctions patrimoniales (gestion, succession, fiscalité spécifique), le compte bancaire suisse traditionnel reste irremplaçable.