Retraite
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Ne pas perdre ses trimestres de retraite en s'expatriant

Adam Delozanne

Fondateur d'Expatrié.fr

Ne pas perdre ses trimestres de retraite en s'expatriant

Sur une carrière de 43 ans, dix années passées dans un pays sans convention de sécurité sociale avec la France peuvent réduire la pension finale d'environ 12 à 15 %. Personne ne s'en aperçoit le jour du départ : le problème surgit au moment de liquider sa retraite, quand l'écart entre la pension attendue et celle calculée par la CNAV apparaît. Il est alors trop tard pour rattraper la plupart des trimestres manquants. La bonne nouvelle, c'est que trois mécanismes différents permettent de protéger ses droits selon le pays choisi, et la décision se prend avant le départ ou dans les premiers mois. Cet article fait le tour des trois leviers, des pays concernés par chacun, et des démarches à enclencher selon votre situation.

Pourquoi un trimestre perdu pèse autant

Le système de retraite français est trimestriel. Chaque trimestre validé compte dans le calcul du taux plein : pour les personnes nées à partir de 1973, il faut 172 trimestres (43 années) pour partir sans décote. Chaque trimestre manquant entraîne une décote de 0,625 % sur le calcul de la pension de base, plafonnée à 25 % de décote totale (soit 40 trimestres manquants).

Concrètement, sur une pension théorique de 2 000 euros par mois, une décote de 10 % réduit le versement effectif à 1 800 euros. Sur 25 ans de retraite, l'écart cumulé approche 60 000 euros. Ce n'est pas une approximation : c'est le résultat mécanique du calcul CNAV en cas de trimestres manquants à 67 ans.

Le piège du calcul à la liquidation

La plupart des Français découvrent l'impact réel de leur expatriation sur leur retraite au moment de demander leur pension, à 62 ou 64 ans. Le relevé de carrière disponible sur lassuranceretraite.fr permet de vérifier l'état de ses droits à tout âge : c'est la première démarche à faire avant tout départ.

Les trois mécanismes pour préserver ses droits

La protection des trimestres pendant l'expatriation repose sur trois dispositifs juridiques différents, selon le pays d'accueil.

  1. 1Règlement européen 883/2004 : totalisation automatique des périodes d'assurance entre la France et tout État membre de l'UE, de l'EEE (Norvège, Islande, Liechtenstein) ou la Suisse. Pas de démarche particulière au-delà des déclarations d'usage.
  2. 2Convention bilatérale de sécurité sociale : une trentaine d'États ont signé avec la France une convention qui prévoit la totalisation des trimestres. Mécanisme similaire au règlement UE mais formellement déclenché par la convention bilatérale concernée.
  3. 3Adhésion volontaire à la Caisse des Français de l'Étranger (CFE) : pour les pays sans convention, la cotisation volontaire à l'option vieillesse de la CFE est la seule façon de continuer à valider des trimestres CNAV pendant l'expatriation.

Le bon mécanisme dépend strictement du pays d'expatriation. La liste officielle des conventions bilatérales est tenue à jour par le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (CLEISS), accessible sur cleiss.fr. C'est la source de référence pour vérifier la situation de votre pays cible.

Pays UE, EEE et Suisse : la totalisation automatique

Pour un expatrié français dans un pays de l'Union européenne, de l'Espace économique européen ou en Suisse, le règlement 883/2004 s'applique de plein droit. Les périodes cotisées dans chaque pays sont totalisées pour le calcul des droits, et chaque pays verse sa pension proratisée selon les seules périodes nationales cotisées sur son territoire.

Concrètement, un Français qui passe 15 ans en Espagne et 25 ans en France valide bien 40 années pour le calcul du taux plein. Au moment de la liquidation, l'Espagne verse une pension calculée sur ses 15 années, et la France verse une pension calculée sur ses 25 années. Pas de décote pour trimestres manquants si le total atteint 172.

Aucune démarche spécifique n'est requise pour activer le mécanisme : il joue automatiquement à la liquidation. La seule action utile pendant la carrière est de conserver tous les justificatifs de cotisation locale (relevés annuels, certificats d'employeur) et de signaler ses périodes d'activité étrangère lors de chaque entretien information retraite.

Pays conventionnés hors UE : à quoi faire attention

Une trentaine d'États hors UE ont signé avec la France une convention bilatérale de sécurité sociale qui prévoit la totalisation des trimestres. Parmi les principaux pour les expatriés français : États-Unis, Canada, Brésil, Maroc, Tunisie, Algérie, Israël, Corée du Sud, Japon, Andorre, Inde, Philippines, Sénégal, Côte d'Ivoire.

Le mécanisme est proche de celui du règlement UE mais avec deux différences importantes. D'une part, les conditions de fond varient d'une convention à l'autre : durée minimale de cotisation locale requise pour ouvrir des droits, modalités de calcul de la pension proratisée, traitement des périodes assimilées. D'autre part, certaines conventions ne couvrent pas la totalité des risques sociaux : il faut vérifier qu'elle inclut bien la branche vieillesse.

Vérifier le contenu de la convention

Toutes les conventions bilatérales ne couvrent pas l'assurance vieillesse au même niveau. Certaines incluent uniquement la maladie et la maternité, sans dispositions retraite. La fiche pays du CLEISS pour chaque destination précise les branches couvertes. C'est la lecture obligatoire avant toute décision.

Pays sans convention : la CFE devient indispensable

Pour les expatriations dans un pays sans convention de sécurité sociale avec la France, les périodes cotisées localement ne valident aucun trimestre pour la retraite française. C'est le cas notable pour : Émirats arabes unis (Dubaï), Thaïlande, Vietnam, Indonésie (Bali), Australie, Nouvelle-Zélande, Mexique, Argentine, Colombie, Costa Rica, Taïwan, Tanzanie, Kenya, Singapour, Maurice.

La parade s'appelle la Caisse des Français de l'Étranger. La CFE est un organisme de sécurité sociale volontaire qui permet à un expatrié de continuer à cotiser au système français depuis l'étranger. Elle propose plusieurs branches indépendantes : maladie-maternité, accidents du travail, et surtout pour ce qui nous occupe l'option assurance vieillesse, qui valide des trimestres pour la CNAV.

Combien coûte l'option vieillesse de la CFE

Les cotisations CFE vieillesse sont calculées en fonction de la base de cotisation choisie (généralement un pourcentage du plafond annuel de la Sécurité sociale, le PASS) et de l'âge du cotisant. Pour une cotisation au plafond de la première catégorie, l'ordre de grandeur est de 200 à 400 euros par mois selon l'âge et la catégorie.

C'est un investissement significatif, mais à mettre en regard de la perte potentielle. Sur une expatriation de 10 ans dans un pays sans convention, sans CFE, ce sont 40 trimestres perdus, soit l'équivalent d'une décote de 25 % sur la pension finale. Sur une pension théorique de 2 000 euros, la perte cumulée sur 25 ans de retraite dépasse 150 000 euros. Cotiser à la CFE pendant l'expatriation coûte typiquement 25 000 à 50 000 euros sur 10 ans : le retour sur investissement est largement positif pour la plupart des profils.

Les démarches concrètes selon votre situation

Quatre étapes structurent la préservation des trimestres pendant l'expatriation, dans l'ordre.

  1. 1Demander son relevé de carrière sur lassuranceretraite.fr avant le départ et vérifier que tous les trimestres déjà acquis sont correctement enregistrés. Tout trimestre manquant doit être documenté avant le transfert de résidence.
  2. 2Identifier la situation du pays cible dans la base CLEISS : UE/EEE/Suisse (totalisation automatique), pays conventionné (totalisation sous conditions), pays sans convention (CFE indispensable).
  3. 3Pour les pays sans convention, adhérer à la CFE option vieillesse dans les six mois suivant le départ pour bénéficier de l'adhésion rétroactive. Au-delà, l'adhésion reste possible mais sans effet rétroactif.
  4. 4Conserver tous les justificatifs de cotisation locale (bulletins de salaire, attestations annuelles, certificats employeur) pour la liquidation finale. Ces documents seront demandés à la CNAV au moment de calculer la pension globale.

Le délai de six mois pour la CFE

L'adhésion à la CFE dans les six mois suivant le départ permet une cotisation rétroactive jusqu'à la date effective de transfert de résidence. C'est un délai souvent négligé. Une adhésion plus tardive reste possible mais laisse un trou non rattrapable dans la carrière.

Estimez l'impact de votre expatriation sur votre retraite française selon le pays cible et votre profil professionnel.

Utiliser le calculateur de retraite

Trois principes pratiques se dégagent pour ne pas perdre ses trimestres en s'expatriant. D'abord, vérifier systématiquement la situation conventionnelle du pays cible sur cleiss.fr avant tout projet : c'est gratuit, rapide et déterminant. Ensuite, pour les pays sans convention, prendre la décision CFE avant ou dans les six mois suivant le départ pour bénéficier de la rétroactivité. Enfin, conserver méticuleusement la documentation de cotisation locale pendant toute l'expatriation : la liquidation finale s'appuie sur ces justificatifs et toute pièce manquante ralentit ou minore le calcul de la pension.

À propos de l'auteur

Adam Delozanne

Passionné de voyages et de découvertes, Adam partage sur Expatrié.fr les ressources concrètes qui font vraiment la différence pour préparer une expatriation.

Questions fréquentes

Combien de trimestres faut-il pour le taux plein en 2026 ?

Pour les personnes nées à partir de 1973, le taux plein est atteint à 172 trimestres (43 années). Pour les générations précédentes, le nombre requis varie de 168 à 172 selon l'année de naissance, conformément à la réforme des retraites de 2023.

Quels pays permettent la totalisation automatique des trimestres avec la France ?

L'ensemble des États membres de l'Union européenne, de l'Espace économique européen (Norvège, Islande, Liechtenstein) et la Suisse, via le règlement européen 883/2004. Hors UE/EEE, la totalisation est possible avec les pays ayant signé une convention bilatérale de sécurité sociale : États-Unis, Canada, Brésil, Maroc, Tunisie, Algérie, Corée du Sud, Japon, Andorre, Israël, et plusieurs autres. La liste à jour est publiée par le CLEISS.

Que se passe-t-il si je m'expatrie dans un pays sans convention ?

Vos années cotisées localement ne valideront aucun trimestre pour la retraite française. C'est le cas notamment pour les Émirats arabes unis, la Thaïlande, le Vietnam, l'Indonésie, l'Argentine, la Colombie, le Costa Rica, Taïwan ou la Tanzanie. La seule façon de continuer à valider des trimestres est de cotiser volontairement à la Caisse des Français de l'Étranger (CFE) pour la branche assurance vieillesse.

La CFE valide-t-elle vraiment des trimestres pour la CNAV ?

Oui, sous condition d'adhérer à l'option vieillesse de la CFE (distincte de l'option maladie). Les cotisations versées à ce titre sont transmises à la CNAV qui valide les trimestres correspondants. Le tarif est calculé selon votre âge, votre situation et la base de cotisation choisie, et représente plusieurs centaines d'euros par mois.

Y a-t-il un délai pour adhérer à la CFE après le départ ?

Oui. Pour bénéficier d'une adhésion rétroactive (à compter du départ effectif), il faut s'inscrire dans les six mois suivant le transfert de résidence. Passé ce délai, l'adhésion est possible mais sans rétroactivité, et certaines périodes peuvent rester non validées sans rachat coûteux.

Combien de trimestres perd-on vraiment sans rien faire ?

Pour une expatriation de 10 ans dans un pays sans convention, sans cotisation CFE, c'est 40 trimestres potentiellement perdus. Une décote de 25 % s'applique au maximum sur le calcul de la pension française au moment de la liquidation. Sur une carrière complète, cela peut représenter une baisse de pension de 12 à 15 % par rapport au taux plein.