Fiscalité
11 min de lecture

Immobilier Portugal : pièges fiscaux pour acheteur français

Adam Delozanne

Fondateur d'Expatrié.fr

Immobilier Portugal : pièges fiscaux pour acheteur français

Une maison à Cascais à 600 000 €, un T2 à Lisbonne à 350 000 €, une villa en Algarve à 800 000 € : les Français représentent l'une des premières nationalités acheteuses au Portugal depuis 2015. Mais entre l'IMT à la signature, les taxes annuelles IMI et AIMI, l'IRS à 28 % sur les loyers et les obligations de déclaration côté France, la fiscalité immobilière portugaise réserve plusieurs surprises. Voici ce que votre agent immobilier ne vous dira jamais avant la signature.

L'IMT : les droits de mutation portugais

L'IMT (Imposto Municipal sobre as Transmissões Onerosas de Imóveis) est l'équivalent portugais des droits de mutation français (DMTO). Il se paie au moment de la signature de l'acte de vente, par l'acheteur, avant le passage chez le notaire.

Le taux IMT est progressif et dépend du type de bien et de son prix. Pour une résidence principale, les premiers 104 261 € sont exonérés en 2025. Au-delà, les taux progressent de 2 % à 8 % selon des tranches. Pour une résidence secondaire ou un investissement, l'exonération initiale disparaît et les taux démarrent plus haut.

  • Résidence principale 0 à 104 261 € : 0 %
  • Résidence principale 104 261 à 142 618 € : 2 %
  • Résidence principale 142 618 à 194 458 € : 5 %
  • Résidence principale 194 458 à 324 058 € : 7 %
  • Résidence principale 324 058 à 621 501 € : 8 %
  • Résidence principale 621 501 à 1 128 287 € : 6 % flat
  • Résidence principale au-delà de 1 128 287 € : 7,5 % flat

Acquisition en société : taux fixe 6,5 %

Si vous achetez via une société (souvent une SCI portugaise ou une société commerciale), l'IMT est un taux fixe de 6,5 % sur la valeur d'acquisition, sans abattement. Ce qui peut coûter plus cher qu'en direct selon le prix.

IMI et AIMI : taxes foncières annuelles

L'IMI (Imposto Municipal sobre Imóveis) est la taxe foncière annuelle, payée chaque année par tout propriétaire. Son taux est fixé par chaque municipalité dans une fourchette de 0,3 % à 0,45 % sur la valeur patrimoniale tributable (VPT, valeur fiscale du bien, souvent inférieure au prix de marché).

Sur un bien évalué fiscalement à 300 000 € à Lisbonne (taux IMI 0,3 %), l'IMI annuel est de 900 €. C'est largement moins onéreux que la taxe foncière française équivalente sur un bien comparable.

L'AIMI (Adicional ao IMI) s'ajoute à l'IMI pour les propriétaires détenant un patrimoine immobilier supérieur à 600 000 € (1,2 M€ pour un couple). Taux progressifs de 0,7 % à 1,5 % sur la fraction supérieure au seuil. C'est l'équivalent fonctionnel d'un mini-IFI portugais.

Louer son bien : IRS à 28 % et déclaration France

Les revenus locatifs (rendas) d'un bien portugais sont imposés au Portugal à l'IRS catégorie F. Pour les non-résidents fiscaux portugais (cas typique d'un Français qui investit locatif), le taux est de 28 % flat sur les loyers nets.

Pour les résidents fiscaux portugais, deux options : l'imposition au barème progressif IRS (0 à 48 %, généralement défavorable) ou le taux flat 28 % similaire aux non-résidents. La majorité des bailleurs résidents optent pour le flat 28 %.

Côté France, les loyers de source portugaise doivent être déclarés dans la rubrique 'revenus fonciers de source étrangère' (formulaire 2047). La convention France-Portugal de 1971 prévoit l'imposition exclusive au Portugal (méthode du crédit d'impôt côté français), donc les loyers ne sont pas réimposés en France mais entrent dans le calcul du taux effectif si vous restez résident fiscal français.

Alojamento Local à Lisbonne et Porto

Les zones de contention urbaine de Lisbonne et Porto interdisent désormais les nouvelles licences Alojamento Local (location courte durée type Airbnb) depuis 2023. Vérifier la disponibilité d'une licence existante AVANT la signature, sinon le rendement locatif court terme est nul.

Plus-values immobilières : double imposition possible

Les plus-values immobilières (mais-valias imobiliárias) sur un bien portugais sont imposées au Portugal selon les règles IRS catégorie G. Pour les résidents fiscaux portugais, 50 % de la plus-value est exonérée, le reste est imposé au barème IRS. Pour les non-résidents (cas Français), 50 % de la plus-value est également exonérée, le reste est taxé à 28 % flat.

Côté France, la convention de 1971 prévoit que les plus-values immobilières sont imposables dans l'État où le bien est situé (donc le Portugal). Pour un résident fiscal français, la plus-value est donc imposée au Portugal, mais elle doit être déclarée en France au formulaire 2047 et entre dans le calcul du taux effectif (sans réimposition).

Une exonération particulière mérite d'être connue : pour la résidence principale revendue, l'exonération est totale si le produit est réinvesti dans une nouvelle résidence principale au Portugal ou dans l'UE, sous conditions (réinvestissement dans les 36 mois).

Les pièges pratiques avant signature

Cinq vérifications opérationnelles avant tout achat au Portugal méritent d'être rappelées. Elles font la différence entre une opération sereine et un cauchemar administratif.

  1. 1Caderneta Predial (fiche fiscale du bien) à jour : valeur patrimoniale, propriétaire enregistré, taxes payées
  2. 2Certidão de Registo Predial (équivalent du relevé du cadastre) prouvant la propriété et l'absence d'hypothèque ou de servitude
  3. 3Licence d'habitation (Licença de Utilização) et conformité aux règles d'urbanisme : indispensable pour pouvoir louer ou habiter
  4. 4Diagnostic énergétique (Certificado Energético) : obligatoire à la vente, classe et coûts de mise à niveau
  5. 5Pour Alojamento Local : vérifier la licence existante et sa transférabilité

Ne jamais signer un Contrato Promessa de Compra e Venda (promesse de vente) sans avis d'un avocat portugais indépendant. Le notaire portugais (Notário) n'a pas le rôle de conseil du notaire français : il authentifie l'acte mais ne vérifie pas vos intérêts particuliers.

Vérifier votre résidence fiscale avant tout achat international

Tester ma résidence fiscale

À propos de l'auteur

Adam Delozanne

Passionné de voyages et de découvertes, Adam partage sur Expatrié.fr les ressources concrètes qui font vraiment la différence pour préparer une expatriation.

Questions fréquentes

Faut-il une carte de séjour portugaise pour acheter au Portugal ?

Non. Tout étranger peut acheter un bien immobilier au Portugal sans condition de résidence. Il faut simplement obtenir un NIF (Número de Identificação Fiscal) auprès des autorités fiscales portugaises avant la signature.

Le NHR portugais permet-il d'éviter l'IMT à l'achat ?

Non. Le statut NHR (régime du résident non habituel, fermé aux nouveaux entrants en 2024) portait uniquement sur l'imposition des revenus, pas sur les taxes immobilières. L'IMT s'applique à tout acheteur, y compris bénéficiaires NHR ou résidents IFICI.

Les loyers Airbnb au Portugal sont-ils imposés différemment ?

Oui. La location touristique de courte durée (Alojamento Local) suit un régime fiscal spécifique : option entre régime simplifié (35 % de coefficient sur recettes brutes imposable à l'IRS) et régime classique (déduction des charges réelles). Les zones de contention urbaine (Lisbonne, Porto) ont des restrictions supplémentaires depuis 2023.

Faut-il déclarer son bien portugais à l'administration française ?

Oui pour les résidents fiscaux français. Le bien doit être déclaré à l'IFI si le patrimoine immobilier net dépasse 1,3 M€, et les revenus locatifs doivent figurer dans la déclaration 2042 et 2047 (revenus de source étrangère), même s'ils sont imposés au Portugal.